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Introduction

Eric Scotto de Temergie :

En 2003, le marché total de l’éolien est estimé à 112 MW. Aujourd’hui, il est de l’ordre de 1,2 GW. La loi de 2015 de transition énergétique et de croissance verte a fixé un objectif d’autonomie énergétique d’ici 2030. A La Réunion, l’objectif affiché est sur la même ligne tant au niveau d’une souveraineté énergétique qu’une autonomie énergétique. L’éolien flottant sera une des énergies primordiales pour atteindre le 100 MW renouvelable à La Réunion.

Technologie mature avec 10 ans de retours d’expériences, l’éolien flottant répond aux enjeux des îles soumis à des météorologies et des profondeurs atypiques. Cette technologie  a un potentiel compétitif pour faire baisser le mix énergique réunionnais.

-TABLE RONDE I : Les enjeux industriels de l’éolien en mer

  • Clément Mochet, Directeur Général, Grand Port Maritime de la Réunion,
  • Benjamin Royer, Business développement manager floating offshore, Technip Energies,
  • Charles Dugué, LeadFloating Advisor, Vestas,
  • Eric Legrigeois, Directeur général, Grand port Maritime de la Réunion.

 Table ronde animée par Loïc Le Foulgoc, Coordinateur du Cluster Maritime de la Réunion.

Clément Mochet: BLUEFLOAT énergie est un développeur d’éoliennes posées et flottantes en mer, à travers de nombreux projets dans le monde. La société dispose d’une équipe de 140 personnes impliquée à plus de 75% dans des projets d’éoliens flottants. La capacité totale de l’éolien posé en mer est de 68 GW. L’éolien flottant est installé à hauteur de 230 MW, relativement peu par rapport au posé dû à la maturité récente de cette technologie. Installé la première fois en Norvège en 2009, les premiers prototypes ont été installés sur des sites cycloniques. Les appels d’offre ont été lancés avec pour ambition d’installer plusieurs champs de 250 MW puis par extension de 500MW. L’ambition hexagonale est de déployer 40 GW d’ici 2050 et il est fort probable que la moitié soit de l’éolien flottant. Dans certaines zones, de gros volumes vont être installés, surtout en Asie ( Japon, Corée). Pour la France, s’il y a une réelle volonté politique de développement de l’éolien flottant, son déploiement peut aller très vite (à titre de comparaison, il n’a fallu que 3 ans à BlueFloat pour obtenir des autorisations environnementales à Taiwan). Il faudra compter sur une décennie environ pour la mise en place totale de cette énergie ( Pour l’appel d’offre Bretagne Sud, installation visée en 2031).

Benjamin Royer, Technip Energies : Technip Energies développe ses propres flotteurs INO12 et INO15. Ses projets sont développés en Corée du Sud. Historiquement, Technip a développé ses capacités offshore ( 1500m de profondeur par exemple au large du Mozambique) via des projets pétroles et gaz. Dès lors la profondeur des fonds à la Réunion n’est pas un problème. Concernant la forte houle de l’île, il faut regarder du côté de la  Mer du nord qui a des conditions météorologiques similaires. Par ailleurs, le flotteur INO15 est dimensionné pour une éolienne de 15MW, pour une hauteur de 150m en totalité. S’agissant du poids, 6500 T pour le flotteur et l’éolienne assemblés.

Le coût des flotteurs est estimé à environ 1,5M Euros par MW. Pour les turbines, il faut compter 1M euros.

Charles Dugué,Vestas : La société danoise est implantée sur le marché onshore et offshore et développe un modèle d’éolienne : le V236 de 15MW. Vestas a pour objectif de rester sur ce modèle pour concentrer ses recherches sur le retour d’expérience plutôt que d’être en développement constant. Les nouveaux modèles ont des dimensions de plus en plus importantes et aujourd’hui, très peu de navires sont  en capacité d’installer ces machines. La  V236 est un prototype implanté au Danemark. Elle vise notamment l’implantation sur des 100aines de projets industriels d’éoliennes flottantes d’ici 2028/2029. Vestas participe à deux projets pilotes qui sont en exploitation : Windfloat au Portugal et Kincardine en Ecosse. Ils participent à deux autres projets pilotes en Méditerranée actuellement en construction ( EFGL et EOLMED). À cela s’ajoute deux projets industriels en Corée entre 500MW et 1 GW. Ces projets demandent un temps de développement très important, en particulier le temps de développement de la tour et de la fondation pour lesquels le processus d’ingénierie est de minimum 2 ans. Les éoliennes offshore sont en général certifiées pour la classe typhon ( en particulier marché asiatique) afin de résister à des rafales de 287 km/h. Le couvercle de la nacelle et de la plateforme hélitreuillage résistent à des vents de 252 km/h. Aujourd’hui, on constate un bond de géant dans la taille des turbines offshore. Il y a dix ans, l’objectif était 5 MW par éolienne et désormais il est de 15 MW. Plus on place une nacelle haute, plus on augmente la taille des pales, plus on augmente la production, engendrant de facto une diminution les couts. Aujourd’hui, on assiste à une véritable course à l’armement afin d’avoir des turbines de plus en plus grosses (Siemens va présenter une turbine de 20MW). Cependant, il faut nuancer puisque plus la turbine est grosse, plus le flotteur est important, faisant peser des contraintes conséquentes sur les zones et infrastructures portuaires. La durée de vie d’une turbine est de de 20 ans. Cela implique d’avoir des équipes de maintenance régulières locales.

Pour répondre aux besoins de logistique, Mr Eric Legrigeois pour le Grand Port Maritime de La Réunion : Le Port Ouest va accueillir un  dock flottant de 4000T en mesure d’accueillir des objets de 200m de long et 30m de large. Le Port est en évolution permanente, il a pour objet d’être un facilitateur pour ce type de projet. En parallèle la « Stratégie pour le zéro émission nette de 2050 ». a pour ambitions de développer le volet du schéma directeur énergie. Il se décline  dans chacune des ambitions. Il doit contribuer à sécuriser la partie terrestre de la logistique de tous les carburants nécessaires au fonctionnement de la Réunion, il se doit de travailler sur le sujet des  panneaux photovoltaïques et sur la sobriété énergétique et contribuer à la transition énergétique.  Pour ce faire, il faut se poser les bonnes questions, notamment sur celle de la capacité du port à accueillir ce type de projet. Sur la question du foncier disponible ,il y a deux types de réflexions avec une zone arrière portuaire, qui travaille sur la libération de terre pleins portuaire de 20ha d’ici 2028 et l’autre partie coté mer, conjointement avec les projets européens pour l’adaptation des structures aux changements climatiques ( Remplacement des blocs de 25T par 50T pour contenir la houle du littoral). La partie éolien peut s’inscrire dans le coté est du port est. Cela nécessite un quai spécifique pour les charges lourdes, avec une profondeur raisonnable, ce qui constitue un défi logistique.

Enfin, la dernière question est sur le cout de l’énergie. Durant  la période pré covid, cela coutait 150euros par MW. Désormais, les dernières prévisions de la commission de l’énergie estiment le prix de l’énergie à 350/400euros par MW. Avec la biomasse on cible 200 euros par MW, sans aucune volatilité c’est-à-dire avec un tarif fixe.

-Quelles opportunités sur notre territoire ?

  • Maurice Gironcel, président de la CINOR,
  • Katinka Rambert, Directrice de la Fondation Akuo,
  • Léo Chevillon, Chargé de mission oiseaux marins à la SEOR,
  • Jean-Marc Gancille, Coordinateur Globice,

Une table ronde animée par Fabien Balounaïk, Secrétaire Général du Cluster Temergie.

Comment sont abordés enjeux d’acceptabilité et enjeux sociaux dans ces projets ?

Vision de la CINOR, Maurice Gironcel : À Sainte Suzanne, a démarré en 2013 un projet de 37 éoliennes. Ensuite, un nouveau projet a vu le jour consistant à passer de 37 a 9 éoliennes mais qui  produisent 4 fois plus.

Fondation AKUO, Katinka Rambert :Cette fondation participe à l’acceptation de projets liés à l’énergie. Elle participe a l’accès aux besoins des pays en développement dont fait partie l’accès aux énergies renouvelables.

La SEOR, Léo Chevillon : À La Réunion, il existe 6 oiseaux marins, 2 pétrels endémiques , 2 espèces de puffin, ce sont des oiseaux marins nocturnes qui font face à menaces terrestres et marines. Une autre menace pèse désormais sur ces espèces avec les possibles collisions avec les câbles aériens ( 1500 km de câble au dessus de l’ile) ou encore les éoliennes. La SEOR commence depuis 2019 à étudier ce risque de collision (pour l’instant que sur éoliennes terrestres) grâce au système de radar.  Il s’agira pour eux d’étendre ces études aux cas des éoliennes en mer. Ils n’ont pour l’instant pas de donnée sur le comportement de ces oiseaux en mer, leur nombre et altitude. C’est pourquoi on ne peut pas savoir l’impact de ces éoliennes sur les oiseaux marins. Ils militent alors pour installation d’une bouée en mer avec des radars afin d’obtenir  des données sur les comportements de ces oiseaux en mer et à quelle altitude ils volent.

Globice, Jean-Marc Gancille : Le CNPM s’est saisi de l’impact de l’éolien offshore sur le patrimoine marin. La Réunion est une zone de reproduction des baleines à bosse. Il existe également des dauphins résidents marins. Dès lors,  toute infrastructure venant à monopoliser leur habitat est préjudiciable. Il apparait donc nécessaire d’identifier ces risques (cumulatifs) en amont afin de minimiser les préjudices. De même, il existe un risque de par le passage des navires, ou encore  de par le chantier lui même. En effet, les installation des câbles, la pollution sonore, les navires de pêche constituent un risque global pour la faune marine. De plus, le déplacement des Baleines étant conditionné a leur ouïe, la pollution sonore leur est d’autant plus dommageable.

Résumé écrit par Tristan Lévèque